La nuit des idées: #louvrestreetart sur le campus de l’Université de Nanterre

A l’occasion de la Nuit des Idées 2018, l’Université de Nanterre a accueilli sur son campus plusieurs street artistes pour participer à un projet ambitieux.

Intitulé “Sous le street art, le Louvre”, le célèbre Musée a en effet proposé à des artistes choisis de célébrer les 50 ans de la révolte de mai 68 en s’appropriant des œuvres issues de ses collections. L’Université de Nanterre, lieu historique de départ du mouvement de 68, s’est imposé comme un cadre évident pour cette exposition pérenne.

Le Louvre sur le campus de l’Université de Nanterre : exposition à l’air libre

Le résultat ? Six œuvres réalisées dans l’enceinte de l’Université avec des signatures prestigieuses : Kouka, Madame, Levalet, c215, Roti, Andrea Ravo Mattoni. Une septième œuvre du duo artistique Monkeybird devrait également voir le jour vers mars de cette année.
En marge de leur performances, les artistes ont, pour la plupart, participé à une table ronde. Ils ont pu à cette occasion chacun expliquer leur choix d’œuvre et leur compréhension du thème de mai 68.

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Mur réalisé par Kouka, rencontre de la Vénus de Milo avec le slogan de 68 “la beauté sauvera le monde” – crédit photo: Yohanan Winogradsky

L’intérêt de cette exposition est donc multiple :

Tout d’abord, les artistes ont eu une très grande liberté quant au choix de leur modèle parmi les collections du Louvre, et à l’interprétation artistique qu’ils pouvaient proposer. On retrouve ainsi la patte singulière de chacun et le thème devient dès lors un jeu d’interprétation des œuvres du Louvre.

Ensuite, les six œuvre réalisées illustrent la variété technique de l’art urbain et l’on retrouve ainsi collages, pochoirs et peintures.

Enfin, ces représentations sont une occasion de montrer les trésors du Louvre à un public qui n’a pas nécessairement l’habitude de fréquenter les musées.

Suivez le guide !

Le choix de Madame, le miroir des idées

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Madame en interview – crédit photo: Yohanan Winogradsky

En me promenant sur le campus, c’est le collage de Madame que j’ai vu en premier. L’artiste a souhaité reprendre un diptyque du peintre Jean-Baptiste Greuze, La Malédiction Paternelle. Elle explique très bien son choix et la façon dont il illustre le thème imposé pour sa réalisation dans l’interview ci-dessous.

Le joueur d’Andrea, la rue comme enjeu démocratique

Juste à côté, l’artiste Italien Andrea Ravo Mattoni propose quant à lui un détail du Tricheur à l’As de Carreau du peintre George de la Tour. Au cours de la table ronde, Andrea a précisé que son travail était, par essence, en connexion avec l’art des grands maîtres. C’est ce lien très fort qui le pousse à rendre des œuvres anciennes accessibles dans la rue, car la rue est, selon lui, un espace d’exposition démocratique.

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Le tricheur à l’as de carreau vu par Andrea – crédit photo: Yohanan Winogradsky

La main de Roti, revendication politique

Au dos de la peinture d’Andrea, on trouve une main gigantesque dessinée par Roti, détail inspiré de la sculpture de Jean-Baptiste Stouf, Abel Expirant. L’artiste confie au moment de la table ronde, qu’il voyait dans le thème la possibilité de renouveler l’expérience qu’il a vécue en Ukraine en 2014, Place Maïdan.

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La main d’Abel par Roti – crédit photo: Yohanan Winogradsky

Il a là-bas offert au mouvement révolutionnaire un marbre taillé, représentant le visage de l’artiste Zo du groupe Dakh Daughters, et offrir ainsi une figure à la revendication identitaire. De la même manière, mai 68 est pour lui une bonne occasion pour introduire une expression révolutionnaire, même si, comme il le mentionne dans l’interview accordée à Artistik Rezo, nous ne sommes pas dans un contexte politique qui permet d’apprécier le Beau de la manière.

“A Paris, si on met quelque chose dans la rue, ça décore. Les gens n’ont pas forcément la sensibilité pour l’apprécier.”

La Liberté Guidant le Peuple par c215, icône de la révolte

Dans le bâtiment attenant, c215 a réalisé au pochoir une Liberté Guidant le Peuple. J’ai eu la chance, en octobre dernier, de suivre l’artiste au cours d’une visite des collections du Louvre. Aussi vous retrouverez un article détaillé au sujet de cette œuvre de Delacroix, et la façon dont elle a inspiré Christian Guémy. Ce sont la Liberté de la Presse et l’importance de la diversité au sein de l’Identité Française qui retiennent particulièrement l’attention de l’artiste, et l’ont inspiré pour ses propres pochoirs.

L’escalier de Levalet

En revenant de cette première aile du campus de l’Université de Nanterre, vers la station RER, et en longeant la rue de la Folie, on croise un double escalier qui accueille les collages de Levalet. Ce dernier a reproduit les statues que l’on peut voir dans l’un des escaliers du Louvre.

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L’escalier du Louvre sur le campus de l’Université de Nanterre – crédit photo: Yohanan Winogradsky

Kouka troque ses guerriers pour Vénus

L’exposition se termine au bout de l’allée, en face du bâtiment L, avec un mur de Kouka. Ce dernier a choisi de reproduire le visage de la Vénus de l’Île de Milo, qu’il a accompagné d’un slogan de 68 “la beauté sauvera le monde”.

En consacrant son approche au visage de la sculpture, Kouka a voulu insisté sur l’humanité du sujet, son “regard séducteur”, comme il l’explique dans l’interview ci-dessous. En visitant le Louvre, il avait initialement pensé à des oeuvres avec forte importance historique pour traiter le sujet “sous le street art, le Louvre”. Puis il a cherché son inspiration du coté de la bibliothèque, où se trouve la Vénus.

Il s’agit d’une œuvre mondialement connue, dont l’image parle à tout le monde, sans que l’on connaisse pour autant son auteur : ce sont les fondamentaux du street art et du graffiti. Tout le monde reconnaît les personnages blancs de Mesnager, les chats de Thoma Vuille, explique l’artiste. C’est ce point commun entre le thème reliant mai 68 et la Vénus d’une part, et son travail en tant que street artiste d’autre part, qui ont particulièrement intéressé Kouka.

C’est ainsi que l’artiste a souhaité traiter le thème lié à mai 68 en travaillant un symbole d’unité. C’est la raison pour laquelle, au début, il voulait utiliser un autre slogan soixante-huitard: “no culture”. Dans son esprit, ce message permet de mettre de coté nos cultures pour se retrouver entre Humains. Il a finalement choisi (circonstances du changement non discutées) un autre slogan de 68: “la beauté sauvera le monde”, message d’espoir intemporel selon Kouka.

Soutenir l’initiative

Vous pouvez faire la visite de cette exposition à l’air libre, sur le campus de l’Université de Nanterre. Si vous appréciez les œuvres, et de façon générale, le travail des street artistes, vous pouvez les soutenir en participant à la campagne de crowdfunding mise en place pour l’occasion.

Tous mes remerciements à Cyrille Gouyette, organisateur du projet “sous le street art, le Louvre”, pour son invitation à participer à l’évnément.

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